À Pau, un logement au gaz parfaitement isolé plafonne quand même en classe C

Le boulevard des Pyrénées à Pau
Flo641 / CC BY-SA 3.0

En bref

À Pau, parmi les logements dont les murs sont très bien isolés, 7,0 % seulement atteignent les classes A ou B quand ils sont chauffés au gaz naturel, contre 36,3 % à l'électricité et 92,4 % sur le réseau de chaleur. L'isolation ne suffit pas seule.

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Une question que le DPE seul ne tranche pas

« Si j'isole mes murs, jusqu'où puis-je monter ? » La réponse habituelle est vague, parce qu'elle dépend de tout le reste.

Les données publiques de l'ADEME permettent d'y répondre précisément pour une ville donnée, en croisant deux informations que le diagnostic contient toutes les deux : la qualité de l'isolation des murs et l'énergie de chauffage.

Sur les 34 635 diagnostics réalisés à Pau, le résultat est net. À qualité d'isolation strictement identique, le mode de chauffage change tout.

Le même mur, trois résultats différents

Prenons uniquement les logements palois dont les murs sont jugés très bien isolés : le meilleur niveau du diagnostic.

Parmi les 891 chauffés au gaz naturel, 7,0 % atteignent les classes A ou B.

Parmi les 969 chauffés à l'électricité, 36,3 %.

Parmi les 792 raccordés au réseau de chauffage urbain, 92,4 %.

Même niveau d'isolation, un rapport de un à treize entre le gaz et le réseau. Le mur n'est pas en cause : c'est l'énergie qui fixe le plafond atteignable.

Pourquoi l'énergie plafonne le résultat

Le DPE ne mesure pas une seule chose. Il croise la consommation d'énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre, puis retient la plus défavorable des deux lectures pour attribuer la classe.

Isoler agit sur le premier critère : moins de déperditions, moins de consommation. Cela fait gagner des lettres tant que le second critère ne bloque pas.

Mais le contenu carbone d'une énergie ne change pas avec l'isolation. Un logement au gaz très bien isolé consomme peu et émet quand même : c'est son étiquette carbone qui l'arrête en classe C. Comprendre cette double lecture des classes du DPE évite d'engager des travaux en attendant un résultat que le calcul ne permet pas.

Ce que l'isolation apporte malgré tout

Le constat ne dit pas qu'isoler est inutile : il dit que le gain n'est pas le même selon la configuration.

Chez les logements palois au gaz, passer de murs insuffisants à très bien isolés fait tomber le taux de passoires de 5,6 % à 0,0 %. Le gain est réel : il supprime le risque, sans ouvrir le haut du tableau.

Chez les logements électriques, le même passage fait chuter les passoires de 10,5 % à 0,1 % et fait monter les classes A ou B de 1,5 % à 36,3 %. Là, le gain joue sur les deux tableaux.

Autrement dit : au gaz, on isole pour sécuriser ; à l'électricité ou sur le réseau, on isole aussi pour valoriser.

Le réseau palois, atout collectif sous-estimé

Le réseau de chauffage urbain dessert 4 213 logements à Pau, soit 12 % du parc diagnostiqué. Il affiche 0,5 % de passoires et 28,2 % de classes A ou B, tous niveaux d'isolation confondus.

Le détail est instructif : même parmi les logements raccordés dont les murs sont insuffisants, 12,7 % atteignent déjà les classes A ou B, un résultat que le gaz n'obtient dans aucune configuration.

Pour une copropriété située sur le tracé, le raccordement est donc le levier qui déplace le plafond, là où l'isolation seule déplace le plancher. Le contenu carbone du réseau évolue et se vérifie auprès du gestionnaire.

Une ville qui a déjà réglé son problème de fioul

Un point mérite d'être signalé, parce qu'il distingue Pau de la plupart des villes que nous avons mesurées.

Le fioul domestique n'y apparaît pas comme segment significatif : les effectifs sont trop faibles pour être exploités statistiquement. Ailleurs, ce segment concentre systématiquement 30 à 60 % de passoires et pèse lourd dans le bas de tableau.

Cela explique en partie le bon niveau global de la commune : 4,5 % de passoires seulement. Le travail de conversion, qui reste à faire dans beaucoup de villes, y est largement derrière.

Les maisons, seul point faible identifiable

La répartition par type de bien situe ce qui reste à traiter. Les 2 633 maisons diagnostiquées à Pau affichent 8,5 % de passoires et 21,1 % de classes E, contre 4,1 % et 13,4 % pour les 30 812 appartements.

Les 1 190 immeubles entiers sont à 6,0 % de passoires et surtout 1,5 % de classes A ou B : ces petites copropriétés anciennes cumulent un bâti non traité et l'absence de solution collective.

Le parc individuel est aussi celui qui est exclu du réseau par nature. Pour ces biens, un audit énergétique permet d'arbitrer entre isolation et changement de système, en sachant lequel des deux déplace quoi.

Ce que nous conseillons avant de vendre

Avant d'engager des travaux, regardez les deux lignes ensemble : votre énergie de chauffage et la qualité de vos murs. C'est leur combinaison, pas chacune séparément, qui détermine ce que vous pouvez atteindre.

Si vous êtes au gaz, visez la sortie du risque plutôt qu'une classe A : elle n'est pratiquement pas accessible dans cette configuration à Pau.

Établissez l'année de construction, qui commande le constat plomb pour les biens antérieurs à 1949, nombreux dans le centre ancien, et le repérage amiante pour ceux d'avant juillet 1997. À Pau, l'état parasitaire relatif aux termites est également requis. Le reste suit le dossier de vente, avec l'état des risques à vérifier par adresse : sismicité, gave de Pau et radon concernent des secteurs précis.

Questions fréquentes

Isoler mes murs me fera-t-il gagner une classe A ou B à Pau ?

Cela dépend de votre énergie. Parmi les logements palois aux murs très bien isolés, 7,0 % seulement atteignent A ou B au gaz, contre 36,3 % à l'électricité et 92,4 % sur le réseau de chaleur.

Pourquoi le gaz plafonne-t-il même bien isolé ?

Le DPE croise consommation et émissions de CO2 et retient la lecture la plus défavorable. L'isolation réduit la consommation mais ne change pas le contenu carbone de l'énergie : c'est lui qui bloque en classe C.

L'isolation est-elle inutile si je suis au gaz ?

Non. Chez les logements palois au gaz, passer de murs insuffisants à très bien isolés fait tomber le taux de passoires de 5,6 % à 0,0 %. Le gain supprime le risque, il n'ouvre simplement pas le haut du tableau.

Le réseau de chaleur change-t-il vraiment la donne ?

Nettement : 28,2 % de classes A ou B sur 4 213 logements raccordés, et 12,7 % même parmi ceux dont les murs sont insuffisants, un niveau que le gaz n'atteint dans aucune configuration.

Sources officielles

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